Auteur/autrice : Nemo

  • [NEWSLETTER] Le temps long qui court


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    Camarade,

    Ressens-tu comme moi l’air particulier du moment ? Ces événements lointains qui se rapprochent à toute vitesse, ce foisonnement d’idées et de rêves dans une société immobile et engluée dans le désespoir et la colère, cette campagne politique qui a des airs de dernières semaines alors qu’il reste des mois. Suivre l’actualité ces derniers jours me donne parfois l’impression de voyager au travers du temps dans un TARDIS buggué qui nous laisse dans des lieux où tout va trop vite et trop lentement à la fois.

    Après cet été qui aura frappé les corps et brûlé les esprits de la marque de la réalité du changement climatique comme jamais auparavant, on a vu d’un côté l’adaptation du quotidien et de l’autre l’absence totale de planification pour la suite. C’était hélas attendu, mais qu’il est désespérant de constater que la réalité cruelle des changements climatiques et la prise de conscience de cette dernière n’entraînent pas les révolutions que notre esprit militant nous ferait logiquement attendre. La conscience collective est marquée, mais rien ne se transforme réellement.

    Certes, l’apathie est servie par les vautours conspirationnistes (c’est un cycle naturel, c’est les chemtrails, c’est organisé) qui viennent corrompre les colères avec leurs théories fumeuses qui ne sont finalement nécessaires que pour gaver leurs ego boursouflés et/ou nourrir leurs errances mystiques. Il est vrai qu’on se voit toujours plus grand au milieu des cadavres et des ruines.

    Le même phénomène d’abandon profite aussi aux rats de l’extrême droite qui viennent répandre la peste dans chaque carré de terrain que nous concédons à la meute. Ici, une chaîne “d’informations” qui aurait dû être fermée si l’ARCOM n’avait pas autant de colonne vertébrale qu’Ed Sheeran (cliquez sur ce lien pour découvrir la queen qui m’a fortement inspiré cette vanne). Là, une tentative d’édito sans contradiction en plein service public de l’information. Et le tout dans un renversement actuel des valeurs qui consiste à faire passer le refus de la haine pour le danger et la haine pour un droit.

    Nous vivons un décalage quotidien, un lent oubli du passé climatique, politique, social et économique qui déboule à vitesse grand V. Nous cédons à l’abîme les saisons de nos années passées, les lignes politiques rouges hier indispensables, les principes comme les méthodes. Le tout sans scandale ou colère suffisante au vu des exigences et des dangers. Comme si notre société s’accommodait de cette affligeante sensation de concéder à faire revêtir à l’exceptionnel les habits de la banalité.

    Aux explosions qui semblent sans fin répond toutefois un espoir dans ce sentiment d’urgence qui repart petit à petit dans des territoires et des corps auxquels on ne songeait pas forcément. Ainsi, je me sens bien entouré par des gens portant à la fois sur eux une fatigue d’été accumulée qui n’aura jamais été vraiment expédiée et une motivation politique diffuse qui se répand sûrement et plus rapidement qu’espérée.

    Cette solidarité naissante n’est pas nouvelle à gauche, mais la faire germer une fois de plus nous sera vitale dans les échéances électorales à venir. Les jours s’accélèrent, mais le temps de la campagne est encore long avant son dénouement. C’est pourquoi, dans ce chaud et ce froid constant et instable, je préfère retenir avant tout qu’il y a toujours du bon, que le doute est le plus mauvais des investissements et que le pire se combat toujours et parfois se défait.

    Ainsi en est-il aussi de l’actualité politique internationale, qui, d’un côté, nous tabasse avec des victoires régionales “un brun flippantes” (Une de Libé) de l’extrême droite allemande la plus brutale et la continuité de sa domination au Japon notamment plus récemment à Okinawa et qui, de l’autre, nous remonte avec la même Allemagne dans sa capitale, le démantèlement partiel de l’ère Orbán en Hongrie, le recul des fachos suédois dans les urnes et les espoirs du Parti démocrate et de la gauche américaine pour les élections à venir.

    On le savait, l’élection présidentielle allait secouer. Tout peut aller très vite alors pour faire court, comme on dirait dans ma chère Bretagne : soyons là pour faire du reuz.

    Prenez soin de vous et des autres.

    À la prochaine.

    Nemo

  • [NEWSLETTER] Éloge du pas de côté


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    Camarade,

    Pour ce nouveau numéro, j’ai décidé, après le traitement d’une actu chaude dans le précédent, de faire deux pas de côté. Afin de mieux supporter une campagne électorale qui va être éprouvante, l’urgence est aussi de savoir construire notre agenda.

    Ainsi, je peux vous assurer que je ne traiterai jamais les ballons d’essais sexistes et islamophobes du RN. Si vous avez envie de mettre le nez dans la boue antirépublicaine, il y a suffisamment de médias et de formations politiques irresponsables pour ça ailleurs.

    Et pour concrétiser cette reprise en main de notre attention, je vous propose de commencer par nous intéresser tout d’abord à ce qui pourrait apparaître comme l’opposé de l’actualité : une fiction sonore. Un style de narration, au nom parfois joliment raccourci en ficson, que je fréquente hélas trop peu mais qui a pourtant d’innombrables qualités d’immersion.

    Nous nous intéresserons ensuite au sort des prisonniers face à la canicule, une réalité violente et beaucoup trop souvent ignorée.

    Elysée, entendre l’effondrement

    Logo de la fiction sonore « Elysée »

    Sortie au début de cette année 2026 et réalisée par Roman Facerias-Lacoste, cette série audio a pour centre un événement fictif situé dans un futur proche. Coïncidence rigolote mais qui n’en ai clairement pas une : celui-ci arrivera exactement dans 3 ans jour pour jour après la publication de cette newsletter.

    La série se résume ainsi :

    Le 3 septembre 2029, le palais de l’Élysée s’effondre. Un an plus tard, des enregistrements clandestins effectués au sein du « Château » nous dévoile ce qui s’est réellement passé.

    En soi l’idée est déjà très cool mais Élysée se paye en plus le luxe d’être très bien produit d’un point de vue technique et de fournir une écriture qui démontre un travail de fond exemplaire.

    Les nombreux personnages, qui travaillent quasiment toutes et tous à l’Élysée, utilisent ainsi naturellement le vocabulaire professionnel très codifié du lieu. Cela gratte un peu au début mais on se prend très rapidement au jeu, en se surprenant même à adopter cette jungle d’acronyme qui nous est balancée à l’oreille. Entendre parler du PR (le Président de la République), du GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République) ou du Château (le palais de l’Élysée) finit même par temporairement rentrer dans notre vocabulaire.

    Des personnalités politiques réelles, si elles n’apparaissent jamais directement en tant que voix, sont fréquemment citées pour crédibiliser encore plus l’ensemble. Même le format “émission de reportage” qui sert de cadre à la divulgation des enregistrements qui servent d’épisode est là pour accompagner l’écoute.

    Et ce qui emporte le tout reste ce mystère général qui flotte au fur et à mesure que la tension et les événements s’accélèrent. Ficson de suspens qui ose flirter aussi avec l’étrange, Élysée se savoure mieux, à mon sens, en peu de sessions tant cette sensation d’être enfermé dedans coïncide avec le ressenti de nombre des personnages.

    Prenant place sous une présidence RN un peu baroque, ce qui fait le véritable intérêt de ces 35 épisodes, de longueur et d’importance variables, est autant dans ce soin apporté à la forme qu’à la présence d’un fond politique à la fois brut, presque mystique et bienveillamment populiste. Je ne vous divulgâche rien, ce serait criminel.

    Mais faites-moi confiance, mettez votre casque et plongez. Vous passerez un bon moment et il n’est pas dit que ça ne vous reboostera pas pour les campagnes à venir.

    Élysée est disponible sur toutes les plateformes d’écoute mais vous pouvez aussi retrouver cette ficson sur Podcloud.

    Prisonniers, défendre les indéfendus

    Photo prise par Pham Yen

    Les occasions de critiquer la presse étant nombreuses quand on est de gauche, il convient aussi de saluer quand les journalistes font bien leur taf.Cela sera aussi le rôle de cette newsletter dans les numéros à venir.

    Commençons aujourd’hui par Libération (qui a eu récemment la bonne idée de se séparer de l’odieux Jean Quatremer) qui publie à quelques jours d’intervalle, et hélas sous paywall, une chronique judiciaire et une tribune autour du sort des prisonniers pendant ces mois de canicule.

    La chronique utilise dans son titre cette citation glaçante «Ils transpirent tellement que leurs lits commencent à rouiller» et narre les conditions de survie des prisonniers dans les établissements pénitentiaires français.

    En voici un extrait.

    Pour illustrer cette «agonie du système carcéral qui produit des agonies individuelles», l’avocat évoque le cas d’Ange R., un détenu de 60 ans, incarcéré depuis le début de l’année associé au recours : «Cet homme qui souffre d’une hypertension artérielle est presque tout le temps enfermé. Comme les autres, il appuie sur le bouton d’urgence, crie, demande, mais rien ne vient. Quand toutes les voies de recours sont tentées, reste celle du juge.»

    Face aux recours judiciaires des détenus, le ministère de la Justice plaide en boucle sur des travaux à venir et refuse de reconnaître l’urgence.

    Et c’est à cette situation que s’attaque la tribune intitulée “Prisons : la canicule que nous n’avons pas voulu voir” . Le texte brut et directest d’autant plus remarquable qu’il est signé par Jean Jacques Urvoas. Un ancien homme politique qu’on avait quitté comme soutien de Manuel Valls en 2017 et auteur de la “grande” loi sécuritaire du mandat Hollande qui porte son nom. Même si son bilan ne peut se résumer qu’à ça, je vous laisse vous référer à sa fiche Wikipedia relativement bien faite pour vous faire votre avis.

    Comme la chronique judiciaire, la tribune énonce des chiffres effarants.

    Dans ces «blocks» de béton surchauffés, où le thermomètre a dépassé régulièrement les 40 degrés, l’air ne circulait pas. Les fenêtres, entravées par des grilles de protection, laissaient la chaleur s’incruster dans les murs et les corps se déshydrater lentement. A trois ou quatre dans neuf mètres carrés, souvent réduits à dormir à même le sol (ils étaient 7 693 à y être contraint le 1er mai 2026), les détenus furent ainsi traités plus mal que des chiens. En effet, dans un chenil, la norme est de 5m2 par animal (art. L. 214-6-1 et suiv. du code rural).

    Personne, ou presque, ne parle jamais du sort des prisonniers lors des élections parce qu’il est communément admis que c’est se tirer une balle dans le pied. Il est toutefois essentiel pour nous, militants de gauche, d’en parler et de se faire le relais du travail des associations comme de la presse autour de cette vérité : la France torture ses détenus, le sait mais ne fait rien par idéologie et facilités budgétaires.

    Seul le retour au pouvoir de la gauche, et la pression de l’extrême gauche ainsi que des associations et de sa propre base militante, permettra d’espérer mettre fin un jour à cette situation inacceptable pour les droits humains. C’est aussi pour cela que je souhaite écrire cette newsletter.

    Gagner ne s’arrêtera jamais aux bulletins de vote et l’exigence de changement doit être la plus large possible. Y compris sur les sujets les moins “vendeurs”. Car si nos représentants sont forcément liés par des considérations électorales et médiatiques, nous n’avons pas ces obligations.

    Pourtant candidat prétendument grand défenseur des droits humains, on n’a cependant jamais entendu Glucksmann sur le thème des droits des prisonniers en France alors qu’il est plutôt prolixe, à raison, dès qu’il s’agit de la Chine ou de la Russie.

    Je terminerai ainsi cette newsletter avec la fin de la tribune de Urvoas que je partage entièrement.

    Tant que nous tolérerons que la prison soit un cimetière pour les corps et les droits, notre indignation restera un luxe de spectateurs. Et le silence, un aveu de complicité. Mais si vous avez lu jusqu’au bout ce texte, la cause n’est peut-être pas désespérée.

    Prenez soin de vous et des autres.

    A la prochaine.

    Nemo

  • [NEWSLETTER] Augmenter les salaires ? Pour les patrons, mieux vaut en rire.

    [NEWSLETTER] Augmenter les salaires ? Pour les patrons, mieux vaut en rire.

    Camarades,

    On ne se connaît pas encore bien, c’est le premier numéro de cette newsletter après tout, mais j’imagine que vous n’avez pas eu l’occasion d’aller à la REF.

    Si vous ne connaissez pas la REF, ça veut dire La Rencontre des Entrepreneurs de France, le grand raout annuel du MEDEF en gros. Et je veux pas vous rendre deg’ mais vous avez loupé des trucs incroyables !

    Chez les patrons, la République est une invitée.

    Vous auriez ainsi pu :

    • demander une dédicace à Bruno Le Maire ou Jacques Attali,
    • entendre des interventions de Élisabeth Borne et Jean Michel Blanquer
    • accéder à des débats aussi profonds et libérateurs que “Peut-on encore parler d’effort ?”, “Le consensus ou le courage” ou, mon chouchou, “La solidarité inconditionnelle, jusqu’à quand ?”

    Et rien de tout ça ne vous est arrivé puisqu’au lieu d’aller au stade de Roland Garros ce mercredi et ce jeudi, je suis certain que vous avez fait autre chose. Genre vous êtes aller bosser ou profiter de vos congés pour aller visiter le superbe Jardin des Plantes de Nantes ou Le Chronographe de Rézé.

    Franchement c'était sympa !

    Franchement c’était sympa !

    Heureusement, grâce à nos médias dominants vous n’allez pas tout louper puisque LCI a décidé, en partenariat avec le MEDEF donc, d’animer et de retransmettre un “débat” sur place entre 7 candidat-e-s (ou presque) à la présidentielle. Le tout vendu comme le démarrage de la campagne présidentielle 2027.

    Au diable parrainages ou primaires, ce qui compte pour la TV c’est le P de patrons. Ça se passe chez eux. Avec que eux dans le public. Avec leurs questions à eux. Et au format qu’ils veulent eux.

    Mais malgré cet environnement quadrillé et la complicité d’une presse qui ne questionne jamais ce dispositif, cet événement, qui visait avant tout à faire gagner en influence et un vernis de respectabilité au grand patronat, ne s’est pas complémentent déroulé comme attendu.

    C’est eux qu’on sert

    Le patron des autres , Patrick Martin, les avait pourtant averti. Il fallait “respecter chacun des intervenants” et pour cela “manifester vos réactions d’une manière courtoise” parce que les patrons seraient, selon lui, “des gens qui veulent construire”. Il a même été jusqu’à rappeler la supériorité de légitimité de la démocratie politique sur la “démocratie” sociale. Mais force est de constater que ce sage décorum n’a pas tenu bien longtemps. Les patrons étaient là pour se faire servir après tout.

    Ainsi, à peine les candidats de droite extrême ou d’extrême droite prenaient-ils la parole pour expliquer leurs futurs plans de destruction des politiques sociales qu’on entendait les applaudissements dans tout le stade. Et ce y compris à travers le déluge qui s’abattait sur le toit de Roland Garros.

    Même clameur pour les rappels des autres classiques du répertoire racisto-néo libéral :

    • “La règle d’or et les arabes dehors” de Marine Le Pen,
    • “Le travail jusqu’aux funérailles” de Edouard Philippe,
    • “Moins d’argent pour les fainéants” de Gabriel Attal
    • “Les fonctionnaires au cimetière” de Bruno Retailleau.

    Les amateurs musicaux ont même eu droit à une originalité qu’est le groupe macroniste composé par Attal et Philippe. Le pitch : chanter en duo mais où chacun fait son solo en même temps et pas au même tempo. Qui a dit qu’on ne savait pas innover en France comme le pire des bullshiteurs qui lance sa start up ?

    En revanche, le public patronal fût moins emballé et réceptif pour Raphaël Glucksmann, bloqué en Eurovision, qui avec “Bruxelles”, une reprise du vigoureux et dynamique Benabar, a aligné des mots pour expliquer ce qu’il n’avait pas réussi à faire au Parlement Européen.

    A gauche, Marine Tondelier était là.

    Sans surprise, tout ça était long. Très long. Souvent redondant. Mais une séquence de ce fastidieux concert a tout de même réussi par retenir l’attention.

    Rires de droites

    Interrogé sur la question des salaires, Jean Luc Mélenchon commence son propos par la base : “Les salaires, il faut les augmenter. Il faut augmenter le SMIC.”. De grands rires parcourent alors le public, ils parviennent de façon très audible jusqu’aux micros de LCI pourtant dirigés vers la scène centrale. La séquence continue avec Mélenchon qui rebondit et harangue la foule partiellement hilare en argumentant : “Si vous n’augmentez pas les salaires, vous ne rigolerez pas longtemps parce que vous aurez la récession.”.

    Mais la bonne répartie de Mélenchon importait peu en réalité car la séquence était déjà là.Cette réaction initiale, quasi-primaire, du public patronal a tout pour traverser les réseaux sociaux. Ce fait de rire au nez publiquement et si fortement à l’idée d’augmenter les salaires est un marqueur fort.

    Cette réaction vient résonner cruellement avec un vécu qui traverse ouvrier-e-s, employé-e-s et cadres. Des gens qui vivent de manière plus difficile aujourd’hui qu’hier et qui retrouvent dans ces ricanements cette sensation d’injustice quand on leur refuse toute augmentation de salaire.

    Le tout alors que l’inflation ne cesse de serrer les budgets et que les services publics, sociaux et de santé s’amenuisent. Vous savez, ceux là même que toute les droites extrémisées ont passé près de 2h à promettre de dézinguer.

    Tout cela est tellement gros que l’événement finira même par s’inviter sur le plateau RMC/BFM, chaînes pourtant très pro business, de Apolline de Malherbe. Cette dernière y déclarant même « Hier, ce sont les patrons qui se sont caricaturés eux-mêmes« . Ça aurait pu être le titre d’un communique de presse de LFI à qui le MEDEF vient de faire là un vrai cadeau de rentrée.

    Une séquence courte, simple, puissante, indéformable et donc partageable à l’infini. Un moment indéfendable pour le patronat et qui, en visant explicitement LFI, efface ses adversaires à gauche.

    Merci patrons ?

    (Non, faut pas déconner non plus).

  • Aux Amfis 2026, les insoumis font le plein dans tous les sens.

    Aux Amfis 2026, les insoumis font le plein dans tous les sens.

    Putain, 8 mois. De la plupart des conférences et discussions de ces Amfis 2026 ressort la même impression d’impatience difficilement contenable. Dans tous les rangs, sur tous les bancs, on sent intervenant-e-s et publics pressés d’en découdre. D’enfin se la faire, cette élection présidentielle, vue comme l’alignement des étoiles qui permettra enfin d’en arriver au « eux ou nous » prophétisé il y a bientôt 15 ans par Mélenchon. En attendant, il faut bien patienter. C’était d’ailleurs l’exercice récurrent sur place.

    Comme si le lancement de campagne de Mélenchon avait été presque paradoxalement trop réussi, le joli parc du centre des congrès de Châteauneuf-sur-Isère débordait de gens et de slogans. Difficile voire impossible d’accéder à certains événements sans s’y rendre bien à l’avance. Et peu importe où se posait l’œil, on y trouvait quelque chose à voir et bon nombre de personnes portant le maillot Mélenchon 2027. « Vous étiez plus de 10 000 » finira-t-on par entendre le dimanche matin de la bouche de Louis Boyard.

    Au vu des longues files d’attente, que ce soit pour accéder à l’amphithéâtre, au parking, aux food trucks, souvent très bons par ailleurs, comme aux toilettes, même un journaliste du Figaro n’aurait pu douter de ce surnombre et donc de ce succès. Nul besoin d’une primaire pour constater une nouvelle fois, à l’aune de la foule, que la domination de LFI dans l’exercice du rassemblement de son camp militant lui est acquise.

    Cette masse militante, combinée à l’expérience des précédentes campagnes, se fait aussi ressentir dans l’efficacité d’un dispositif d’organisation mis à rude épreuve. Gestion de foules, rédaction d’une boucle Telegram d’annonces, mise à disposition dynamique de chaises, dispositif d’organisation des files d’attente rarement pris en défaut, tractage hyper régulier, là aussi c’était carré. (Petite parenthèse pour dire par ailleurs que l’idée du tract carré est géniale).

    Finalement, les seuls points les plus tremblants de l’événement résident dans une sous-évaluation très probable en amont du nombre de visiteurs. Trop peu de toilettes disponibles en extérieur, des points d’eau régulièrement vides, des food-trucks en trop petit nombre, les Amfis ont semblé comme victimes de leur succès. Reste que le groupe soudé des bénévoles a globalement très bien assuré. Saluons également le fait que ses membres aient été quasi systématiquement remerciés et applaudis à chaque conférence.

    Une fois sur place, l’activité principale reste les conférences. Et encore une fois, c’était… carré. Loin de l’exercice improvisé, chaque intervenant-e disposait d’un temps défini à l’avance lui permettant de délivrer des discours préparés pour être efficaces.

    Aucune grande surprise dans les thématiques choisies ou les intervenant-e-s invité-e-s mais la diversité était tout de même là. De la défense des free parties au management algorithmique, de la critique des médias à la création d’une économie antifasciste, des luttes contre les violences policières aux thématiques de genre (et j’en oublie forcément), il y avait de quoi nourrir même le plus accro des political junkies.

    Ce large choix de sujets est également une démonstration de la variété du travail effectué par la sphère militante de LFI. Au-delà d’un socle de savoir collectif, ces conférences avaient pour vocation de fournir un argumentaire de défense programmatique et c’était souvent assez réussi.

    Encouragés par l’ambiance qui n’était pas au « on peut gagner » mais au « on va gagner », les micros se sont souvent laissés aller à la tentation de conjuguer le futur au plus-que-parfait. Après des introductions décrivant ce qui ne va (vraiment) pas, on basculait sur ce qui va (vraiment) changer. Libéré de l’exercice de conviction de la possibilité de sa victoire, le mouvement insoumis a voulu satisfaire sa foule avide d’objectifs et de combats à venir.

    Le tout sera loin de satisfaire les plus radicaux mais LFI reste avant tout une formation réformiste de par son programme et ses discours. Toutefois, il était rassurant de constater que les conversations étaient plus focalisées sur l’impérieuse nécessité de l’essentiel : faire gagner la gauche contre l’extrême droite. Remettant ainsi à une autre temporalité et d’autres débats les contestations et manifs contre un futur gouvernement LFI.

    La conclusion des Amfis est un invariable : un meeting de Mélenchon. Cette année, l’enjeu de ce discours était maigre puisque la démonstration de force avait déjà été assurée. Il faut toutefois saluer les trois excellentes interventions précédentes de Rébecca Chaillon, Pierre Lemaitre et Marie Chureau qui, chacun-e à sa manière, ont ancré le rassemblement des idées et des revendications au-delà du seul mouvement politique LFI.

    Bien évidemment, Mélenchon reste l’orateur talentueux qu’il est et son discours très marqué par l’écologie était bon sur le fond. Mais la brièveté de celui-ci, 45 min c’est court pour du Mélenchon, tout comme la diversité de ces Amfis ont prouvé que le mouvement insoumis a le potentiel et la lucidité de comprendre que l’enjeu dépasse la personne.

    Dans le « eux ou nous », c’est avant tout un « nous » qui gronde et qu’il ne tient qu’à chacun de faire grandir.

  • Canicule

    Canicule

    Photo de Adam Wilson sur Unsplash

    Parler des canicules sur les réseaux quand on est en plein dedans est un exercice compliqué.

    Je suis partagé entre l’envie d’exprimer ce que je ressens et celle de ne pas multiplier les messages angoissants pour ne pas contribuer à la charge mentale de beaucoup d’entre nous qui n’avons pas les moyens de Bernard Arnault pour y échapper.

    D’ailleurs est ce que quelqu’un peut aller briser les genoux virtuels avec une Kangoo virtuelle de ces quelques comptes météo de merde tenus par des sacs à merde qui multiplient les messages de merde et les cartes clickpute de merde façon Linkedin de merde pour se faire du blé sur la peur des gens comme chaque putain de sac à merde qui se présente à une élection avec l’étiquette brune du RN ?

    Pourtant oui plus que jamais il faut politiser. Parce que cette souffrance collective comme les drames individuels qui arrivent durant cet été 2026 ne sont pas le fruit du hasard. C’est le résultat de dizaines d’années d’inaction gouvernementales. De refus renouvelés de toute action écologique d’ampleur par soumission et complicité avec la FNSEA et le MEDEF.

    De Hollande (on ne t’a pas oublié chacal) à Macron, de Sarkozy à Chirac et dans toutes les majorités successives, tout le monde a préféré faire semblant de ne pas entendre par commodité et par déni. L’électorat aussi, soyons honnêtes, a préféré croire à la jolie fable d’un monde sans conséquences ou à celles des rassuristes, en réalité des corrompus ou des conspirationnistes (choisis la couleur du sac poubelle).

    Mais maintenant, c’est trop tard, il va falloir payer. Enfin pas tout le monde.

    Oui, car contrairement à ce résidu de fond de poubelle d’hôtel de luxe de Yann Barthès, la moindre personne de plus de 5 ans et avec 2 neurones qui tournent sait que tout le monde ne vit pas la chaleur de la même façon.

    Parce que chaque corps est différent.

    Parce qu’on n’a clairement pas tous les mêmes conditions de vie.

    Et parce qu’on a pas tous les mêmes réflexes ou les mêmes capacités à se protéger au quotidien.

    Les fortunés eux trouveront toujours un moyen, forcément snob et ultra décadent, de contourner l’obstacle tandis que les pauvres crèveront de chaud. Et je n’utilise pas ce terme à la légère, les morts horribles se multiplient déjà à l’échelle nationale et européenne.

    C’est cette grand-mère qui crève dans la solitude d’un appartement à qui on a refusé de mettre des volets.

    Ce sont ces prisonniers qui vont multiplier les séquelles parce qu’on les enferme dans des prisons surchauffées.

    Ce sont ces animaux d’élevage qui sont en train de crever à même le sol de leurs cages.

    Ce sont ces millions de personnes qui souffriront des conséquence pendant des années à cause du travail, du mal-logement, de la maladie non traitée et de l’absence de toute politique de remise en question des rythmes de l’entreprise et de planifications sérieuses des grands événements culturels.

    Nos dirigeants ont sur les mains le sang et les étouffements de toutes ces vies sacrifiées. Et pourtant, pas une chaîne d’info ne le souligne comme il le faudrait. Pas un procès ne se tiendra, protégés qu’ils sont par l’immunité et par la Haute Cour de « justice ».

    Pourtant n’oublions jamais qu’ils savaient, qu’ils auraient dû prévoir et que toutes leurs dénégations sont au mieux l’aveu de leurs incompétences coupables et au pire de leur cynisme sans fin.

    Ces morts et ces souffrances sont aussi un rappel de s raisons qui font que la gauche ne peut pas lâcher la solidarité. Notamment car la droite préférera toujours nous voir crever dans des hôpitaux publics transformés en situations de guerre permanentes plutôt que de faire la moindre concession sur les congés climatiques, l’agriculture intensive ou le prix de la clim.

    On est souvent bercé dans l’idée que le capitalisme est suffisamment souple pour corriger les erreurs de ses propres dérives. Mais ce qui nous arrive là, bulletin météo après bulletin météo, n’est pas un bug et surtout pas une feature (allez crever les conspis avec vos chemtrails, vous êtes une perte de temps et une régression du genre humain).

    C’est la conséquence logique, le scénario nominal d’une corruption et d’une absence de courage massives d’élites politiques, économiques et médiatiques internationales incompétentes, cyniques et dangereuses. Et avant que les zinzins du fond de la classe hurlent, c’est valable pour toutes les origines, genres et religions.

    Alors que faire ? Pas mal de trucs en réalité mais je vous préviens ça risque d’être parfois contradictoire et paradoxal.

    Il va falloir rester calme pour gérer au mieux sa situation physique, sa charge mentale ainsi que celle de ses proches.

    Il va falloir continuer de s’informer correctement (même affaibli par 10 ans de macronisme, Météo-France reste une source d’infos, La Chaîne Météo ou Météo Villes ou la météo agricole aussi) pour éviter la panique, le dooming ou l’excès de confiance tout en assumant et en embrassant sa colère de la manière que chacun-e jugera la plus appropriée.

    Oui, nous avons raison d’être en colère.

    Au-delà des morts évitables dont je parlais plus haut, il faut bien se rendre compte de tout ce qu’on nous a volé. Le climat tempéré que nous avons, privilège de l’âge, plus ou moins connu ne reviendra plus.

    L’été est devenu dangereux. Les hivers le seront aussi. Tandis que les printemps et les automnes sont aussi menacés que les services publics par les budgets macronistes. Dont on rappellera qu’ils sont soutenus par le PS et d’une certaine façon le RN.

    La météo ne se résume pas aux cartes, ce sont nos corps. Ce sont nos vies. C’est l’air qu’on respire et les paysages que l’on voit ou que l’on ne voit plus quand on est enfermé chez soi. Face aux dangers, ni nos instances dirigeantes ni les droites extrêmes ne sont prêtes. A nous de l’être sans eux et contre eux.

  • 21 avril

    21 avril

    Le 21 avril 2002, je viens d’avoir 16 ans, il y a peu de temps auparavant. Je fuis alors le harcèlement au lycée en me réfugiant dans les jeux vidéo et les BD. Et puis, via Game One et les mangas que j’arrive à trouver dans une maison de la presse ou au Virgin Megastore de Rennes, le Japon ne va pas tarder à venir définitivement bouleversé mon univers intérieur. Le genre de période qui vient tracer les voies d’une vie.

    Le 21 avril 2002, ce soir là je n’arrive pas à dormir parce que l’extrême droite vient d’accéder au 2nd tour. Je ne perçois pas à l’époque l’ampleur de la surprise et de la colère qui traversent mes parents. Ce que je ressens à ce moment-là, c’est surtout de la peur et une énorme incompréhension. Comment les gens peuvent-ils voter pour le racisme et la vulgarité de Le Pen ?

    Le 21 avril 2002, cette courte nuit sera pour moi un déclic fondateur de ce qui est toujours aujourd’hui un engagement politique. D’autant qu’elle fût suivie par une période inimaginable aujourd’hui. Où l’on manifestait sans peur contre le fascisme. Où le barrage électoral était une évidence pour beaucoup. Où on ne se posait que peu de questions idiotes sur la nature réelle des idées et du programme du FN.

    Ma mémoire de cette époque n’a pas disparue. Je vois très bien que la période a changé. Que les températures ont grimpées par rapport aux saisons de mon adolescence et de mon enfance.

    Cependant, rien ni personne ne me manipulera pour me faire croire que la réalité n’est pas ce que mes yeux voient aujourd’hui encore très bien : le FN/RN lui est resté le même. Certes, il met aujourd’hui des cravates et a beaucoup plus d’alliés politiques et médiatiques qui se répandent comme des légions d’idiots utiles ou de collabos lâches. Mais un sac à merde même repeint et porté en triomphe reste un contenant d’excréments.

    Alors comme chaque 21 avril que le destin me permettra de vivre, je renouvelle ce que je me suis promis allongé apeuré dans mon lit d’adolescent : aux fascistes d’hier, d’aujourd’hui et de demain, quoi que vous fassiez je ne vous accepterais jamais. Je vous vois pour le poison que vous êtes, les mensonges que vous injectez, la haine que vous défendez. Je ne vous pardonnerai jamais tant que vous resterez ainsi. Et si vous vous entêtez jusqu’à votre disparition, je boirais à votre mort et j’irais pisser sur votre tombe. Vous ou nous.

    Nemo

  • Municipales : la gauche respire mais s’essouffle.

    Municipales : la gauche respire mais s’essouffle.

    City Landscape – Joan Mitchell – 1955

    Quand on est un nerd des élections, c’est difficile mais il faut bien l’admettre : le second tour de ces municipales 2026 apporte peu de surprises et d’enseignements nationaux précis pour l’année prochaine.

    Faire castor

    Dans la litanie de résultats, (presque) chaque parti a pu trouver aisément un angle pour fanfaronner sans trahir les faits. Ainsi, LR mit en avant Clermont Ferrand et Brest, le RN Carcassonne et La Flêche, le PS Rennes et Nantes mais aussi qu’il a déjoué la loi PLM visant à lui faire perdre Paris, Lyon et Marseille tandis que LFI bombera le torse à Saint-Denis et à Roubaix. Au final, les seuls perdants restent les Verts qui ne doivent la limite de la casse qu’à leurs alliances, réelles celle-ci, avec le PS. Même Lyon est une victoire ternie par la perte de la métropole.

    Or si (presque) tout le monde a gagné, c’est surtout que la réalité des résultats est éclatée façon puzzle. La seule règle électorale qui fonctionne (presque) à chaque fois pour ce 2nd tour étant la victoire des listes arrivés en tête au 1er et qui voit leur score amplifiée par un réflexe de vote utile, parfois barrage et souvent légitimiste. Ceci entraînant mécaniquement dans de nombreux cas le reflux des 3èmes et suivants. Ainsi, à Brest, l’extrême droite bien que qualifié pour le 2nd tour n’aura aucun élu car la liste RN n’atteint même plus les 5%. Ses électeurs ayant préféré assurer la défaite de la gauche.

    Désormais devenues phénomène récurrent, les voix barrages des électeurs castors sont désormais souvent intégrées aux stratégies des partis. Ce fût notamment la stratégie gagnante du PS notamment à Paris, Strasbourg ou Marseille. C’est une mauvaise nouvelle pour la démocratie qui ne peut se construire à coup de chantage et d’absence de représentations diverses.

    Des alliances mais pas de mariages.

    Quand aux « fusions techniques » / « alliances avec LFI », difficile d’y voir autre chose qu’un effet marginal sur les résultats. En effet, ces dernières, conclues sous la pression de délais électoraux très serrés et souvent après des résultats de 1er tour décevants, se sont logiquement avérés perdantes dans beaucoup de cas déjà assez désespérés. Les rares victoires étant bien plus dues à une dynamique électorale déjà présente.

    Toutefois, quelques échecs sont toute de même notables notamment à Toulouse et à Brest. Si le barrage contre LFI existe logiquement à droite et de manière partielle dans le vieil électorat PS, difficile de croire que le refus total d’alliance aurait changé de manière décisive les résultats au vu de la mobilisation d’une droite qui avait le vent en poupe.

    Il faut vraiment toute la haine viscérale envers la gauche, la morgue et la fainéantise des commentateurs politiques parisiens pour en arriver à en tirer une conclusion factuelle et honnête de la toxicité absolue de LFI. D’autant que des contre exemples existent, Glucksmann perd ainsi son seul maire d’une grande ville, Saint-Brieuc, qui avait pourtant refusé toute fusion.

    Face à cette impossibilité objective de tirer de grandes leçons, la gauche en reste donc là où elle était : irréconciliable. Chacun voyant là aussi sa part de faits comme si il s’agissait du verdict incontestable des électeurs.

    La guerre d’égoches

    Ainsi, le PS demeure prisonnier de sa moitié Guedj-Glucksmann dont la haine de LFI fait office de seule ligne politique sur les plateaux TV. Il demeure surtout tristement incapable d’accepter que la base LFI ne bougera pas et que sa participation à la diabolisation permanente du mouvement le dessert énormément tant au 1er qu’au 2nd tour en terme de mobilisation.

    LFI reste logiquement une citadelle assiégée. Le mouvement, prisonnier d’un couloir mélenchonniste pas assez auto-contrôlé dont il ne peut plus sortir, demeure sans véritable moyen de se défendre efficacement contre tous les coups qui lui sont assenés.

    Pour le reste, les Verts s’acharnent sur une ligne de crête illisible : une victoire morale inutile et une primaire dont personne ne veut. Le PCF s’accroche tant bien que mal et garde la tête hors de l’eau tandis que Ruffin se résume à des piques de plateaux d’un vieux monsieur misogyne ronchon.

    Poison frais

    La vraie mauvaise nouvelle de ces élections est toutefois loin du tumulte des Unes de ce 2nd tour : l’implantation à bas bruit du RN continue. Remportant des dizaines de villes moyennes, le parti fasciste plante son venin idéologique dans de plus en plus d’endroits. Lorgnant à la fois sur les sénatoriales de septembre 2026 tout comme sur la potentialité de propagande à petit feu permanente qu’offre les mairies, le RN prend en loosedé le contrôle de plus en plus de ces endroits ignorés des états majors et des médias nationaux. Se basant notamment sur une jeunesse en construction électorale.

    Il serait temps que la gauche s’en rende compte et agisse car il y a urgence.

  • Il faut bien se dire les choses.

    Il faut bien se dire les choses.

    Suspicions of Flowers (Hana no utagai) – Shiro Takagi

    Sans doute pensaient-ils avoir plus de temps. À la tribune de Lyon, Jean-Luc Mélenchon était venu rappeler à ses adversaires de gauche que non.

    Piratant la campagne des municipales, et dissipant au passage les dernières illusions sur le caractère local de ces élections, la figure principale de LFI était venue en découdre.

    Contre les médias traditionnels d’abord, sujet majeur de son discours. Tantôt badin, tantôt franchement vachard avec les journalistes présents, il a constamment alterné entre le bâton, démantèlement des grands groupes de presse et conseil déontologique, et la carotte, libération de la presse et soutien aux médias numériques.

    Un exercice assez jouissif pour lui et devant un public ravi de se payer, entre autres, BFM qui a diffusé une partie du discours en direct. Mais voilà, à tenir une arme vocale en cabotinant, Mélenchon a fini par se tirer une balle dans le pied.

    Habité par la fougue de l’orateur, il n’a pas senti le coup venir et a continué à dérouler ses thèmes nationaux. Se positionnant comme le centre de l’antifascisme, Mélenchon a beaucoup tourné sur un discours vers l’argument du « eux ou nous ». Que le eux soit l’alliance PS/Place Publique ou les fachos. C’était (un peu) long mais (très) passionné, du Mélenchon en forme quoi.

    Cependant, la balle était toujours là et elle fut extraite dans la douleur par ses opposants ravis d’avoir pareille séquence à faire tourner en boucle.

    Comme si les malheurs causés par Epstein n’étaient déjà pas assez grands, voilà que son nom même vient prendre son petit rôle dans le spectacle puant de l’antisémitisme. Pas au devant de la scène mais planqué au fond du décor, invisible sauf à l’observateur tristement attentif.

    Ne nous y trompons pas, la question de savoir ce que voulait dire, sincèrement ou tactiquement (si tant est qu’il y avait tactique), Mélenchon ne compte pas beaucoup. Ce genre de séquence ne nécessite pas l’intention pour poser problème.

    Mais aussi parce que quoi qu’il dise ou fasse, Mélenchon sera forcément pilonné par des adversaires politiques et médiatiques dont cette activité est devenu leur rente.

    Rendant très compliquée toute critique sincère, l’anti-mélenchonisme pavlovien, qui va des éditorialistes de Libération aux chroniqueurs de CNews et des dirigeants du PCF au RN, est ironiquement son meilleur bouclier. Cela va parfois jusqu’à la quasi caricature.

    Ainsi, l’édition de ce week-end de Libé est une compilation d’interviews complaisantes et d’éditoriaux redondants qui disent tous en gros « LFI doit nous donner le scalpe de Mélenchon ». On y retrouve à la plume les sempiternels Legrand, Aphatie et Alfon. Dans la foulée, Edwy Plenel se fend d’un éternel texte d’alerte longuet dans Mediapart.

    Venant toujours des mêmes médias et portées par des voix déjà identifiées comme hostiles, ces critiques sont au mieux inutiles, au pire contre-productives. Elles auront autant d’écho et d’impact sur la base LFI qu’un tweet maurassien d’Aurore Bergé ou une interview du fasciste Bardella sur Europe 1.

    Or, c’est ce groupe qu’il faut convaincre si l’on souhaite changer les choses. Et cela doit passer par des voies et des voix de confiance. Cela est d’autant plus important qu’il y a vraiment beaucoup à redire sur cette sortie.

    Exprimer cette critique à ce public, c’est toutefois faire face à deux énormes murs.

    Le premier étant que l’allusion est tout sauf évidente. Encore moins que lors de l’affaire de l’affiche Hanouna.

    C’est complexe à accepter, surtout pour les personnes concernées, mais beaucoup de gens n’auront sincèrement pas la réf. (c’était mon cas lorsque j’ai écouté le discours) et se diront juste que tout ça s’engueule pour vraiment pas grand-chose. Pire, cette vacuité supposée tranchera fortement avec le dégoût et la méfiance envers les élites qu’inspire l’affaire Epstein.

    Le second est le réflexe de défense des militants LFI qui va parfois du déni obstiné jusqu’au harcèlement.

    Là aussi, un exercice d’analyse et de compréhension est nécessaire. Si LFI se referme régulièrement sur lui-même, c’est bien parce que le mouvement est assiégé depuis des semaines, des mois et des années.

    Se retourner vers les siens n’est pas un réflexe malsain. A fortiori quand on se sait menacé, la vague fasciste qui monte, et isolé, paysage médiatique hostile à 95 % et éclatement du NFP par le PS.

    Pour ces personnes, Mélenchon et LFI sont les seuls qui tiennent la ligne sur de nombreux sujets d’importance et qui n’abandonnent pas face aux tempêtes. La ligne du mouvement, ne jamais baisser la tête, devient donc la leur dans ce qu’elle a de pire. Elle devient identitaire au sens personnel du terme.

    Reste alors un dernier faux argument que l’on pourrait opposer : ce qui est demandé, c’est la mise à l’écart de Mélenchon et pas celle de LFI. Factuellement vrai, l’argument ne change en réalité pas grand-chose.

    Encore une fois car ce message n’est pas porté par le bon messager mais surtout il n’apporte aucune alternative ou garantie. Ce qui est demandé aux militants LFI revient pour elles/eux à un suicide politique sans rien recevoir en retour.

    Le tout en sachant très bien que si demain Bompard remplaçait Mélenchon, le même traitement politique et médiatique lui serait appliqué.

    Cette proposition n’est donc pas entendable.

    Vouloir dégager Mélenchon est un objectif qui s’entend pour plein de raisons. L’atteindre suppose toutefois de s’en donner les moyens.

    Or, celles et ceux qui le portent aujourd’hui ne les ont pas et ne semblent pas s’impliquer beaucoup dans la construction d’une alternative. Leur crédibilité nécessite moins d’interviews à Marianne et de faire mieux qu’une primaire insipide et pitoyable.

    Alors que faire quand on refuse de désespérer ? Pour ma part, je ne vois pas grand chose à faire à part dire ici ce que je ressens franchement.

    Camarades, j’irai voter pour vous aux deux tours des élections à venir, mais, entre nous, ce moment du discours était nul et ouvre la porte à des lectures dangereuses.

    Ce n’est céder ni à nos adversaires ni à nos ennemis que de le reconnaître.

    Refuser de voir le souci, c’est laisser une possibilité à une forme de haine de s’infiltrer là où elle ne devrait jamais trouver sa place : dans l’antifascisme et donc parmi nous.

    Et ce n’est, hélas, pas la première fois qu’on peut le constater avec le vieux.

    Il serait donc temps qu’il s’ouvre au changement sur ces sujets parce que sinon il va devenir très compliqué de le voir incarner une place centrale dans un antifascisme par définition incompatible avec cette attitude.

    Vous valez et méritez mieux que ça.

    On vaut et on mérite toutes et tous mieux que ça.

    Prenez soin de vous et des autres. Et merde à l’extrême droite.

    Nemo

  • Et vous, vous faites quoi en 2026 ? 

    Pour ceux qui ont la flemme de lire ce texte et qui préfèrent voir nos gueules d’anges.

    Commençons, avec un peu de retard, par vous souhaiter camarades une très bonne année 2026 !

    Dans nos nouvelles résolutions, on a notamment celle de plus utiliser ce blog pour vous donner des nouvelles du projet AGT. Donc allons-y !

    Déjà, on est très fier de vous dire que, après  beaucoup de préparation et de montage, les vidéos du Bilan et des Prix Politiques 2025 avec Julien Paniac viennent d’être publiées.

    Ces sorties font suite à un autre gros projet mené l’année dernière : le tournage et la diffusion d’OctoGôche #2 . Cette émission, toujours en partenariat avec l’équipe du podcast Le Duel, a vu s’affronter de manière amicale mais fratricide Kath & Benjamin de Bolchegeek, Maxime le Fils de Pub et Julien Paniac (encore lui !). 

    Après tout ça, nous avons pas mal réfléchi à la suite et donc voilà ce qui devrait vous attendre sur À Gauche(s) Toutes ! en 2026. 

    Les Informels

    Nouvelle formule qui a vocation à remplacer  le format principal d’AGT, les Informels est une émission qui a pour objectif de répondre au concept coeur du collectif : parler politique de manière sérieuse mais aussi décontractée.  Diffusée d’abord en live sur le compte Twitch puis disponible en replay sur la chaîne YouTube, c’est un talk-show politique d’environ 90 minutes présenté par Nemo et Kamen (JB). 

    Gôche Ones

    Celles et ceux qui auront la ref’ connaissent déjà ce concept, en voici notre adaptation. Objectif :  faire une interview d’une personne pour apprendre à mieux la connaître politiquement tout en mangeant des sauces piquantes conçues spécialement pour l’émission. 

    Réalisée par Kamen (JB), l’émission présente de nombreux nouveaux défis de production et une logistique de tournage dont nous serons probablement amenés à vous reparler prochainement. Nous espérons pouvoir vous en présenter un pilote dans la première moitié de 2026.

    Le Tour du Monde de Nemo 

     Ce nouveau format se propose de traiter bimensuellement des actualités internationales trop souvent laissées de côté. Cette chronique écrite et présentée par Nemo (oui, il y avait un indice dans le titre) sera également l’occasion de s’intéresser à des sujets et des pays dont on ne parle plus ou moins, toujours par l’angle politique qui caractérise les productions AGT.

    Washington d’Ici 

    Réalisé par Nemo avec le camarade Iznogoud depuis 2020, l’émission, qui s’intéresse à la politique américaine dans tous ses états, continue en 2026.

    Objectifs :  traiter des crimes et méfaits de l’administration Trump mais aussi des résistances qu’elle rencontre ainsi que des éventuels événements électoraux à venir. 

    AGTout dit ou pas ?

    Nos dernières sorties, et tout particulièrement cette deuxième édition d’OCTOGÔCHE, illustrent la volonté de toute l’AGTeam de maintenir désormais cette qualité de production sur le fond comme sur la forme.

    Encore un grand merci aux équipes du Duel pour avoir coproduit avec nous, à celles du Ciné-Café l’Aquarium, qui a reçu son tournage, et aux 4 candidats Kath, Benjamin, Maxime et Paniac pour leurs participations.

    On se retrouve très vite, en attendant ne lâchons rien, prenons soin de nous et des autres et merde à l’extrême droite.

  • Reconnaissance

    Reconnaissance

    Photo prise à Londres le 16/11/2023 par Samuel Quek – Unsplash

    Deux ans de destructions massives à Gaza touchant essentiellement la population civile dont une grande partie d’enfants et de femmes. Une famine signalée par l’ONU et les ONG, aggravée par les restrictions appliquées par l’armée israélienne sur l’entrée d’aide et des associations israéliennes ayant comme mot d’ordre ce blocage. Des morts et des blessés civils qui se comptent par dizaines de milliers. Un conflit désormais qualifié de génocide contre la population palestinienne. Une destruction massive et amplement documentée des infrastructures de la bande de Gaza, y compris hôpitaux et points de distribution alimentaire. Des bombardements effectués sans sommation et fait avec la connaissance de la présence de civils dans les bâtiments visés. Des violations quotidiennes du droit international. Des crimes de guerre documentés par des dizaines d’associations humanitaires et de journalistes. Des journalistes sciemment visé-e-s, nié-e-s dans leur fonction et qu’on a faire taire en les assassinant. Une punition collective infligée à un peuple quasiment sans défense avec des armes fournies sans relâche par les USA avec la complicité de la France et de nombreux autres pays de l’Union Européenne. Des pressions sur les institutions internationales sur fond d’accusations basées sur de la désinformation et de propagande de guerre. Des refus continuels de cessez le feu et ce au détriment de la vie des otages. Des cas de torture de prisonniers palestiniens, documentés par de multiples ONG. Des portes voix de la cause palestinienne censuré-e-s, harcelé-e-s et menacé-e-s. Des accusations d’antisémitisme permanentes qui en banalisent la portée et invisibilisent les victimes actuelles et futur d’antisémitisme. Une impunité judiciaire au sein d’Israël. Un usage répété du veto américain pour bloquer des résolutions de cessez-le-feu au Conseil de sécurité de l’ONU. Un oubli systématique de l’occupation israélienne. Un génocide.

    Le 22/09/2025, Emmanuel Macron a reconnu l’État de Palestine.