[NEWSLETTER] Augmenter les salaires ? Pour les patrons, mieux vaut en rire.

Camarades,

On ne se connaît pas encore bien, c’est le premier numéro de cette newsletter après tout, mais j’imagine que vous n’avez pas eu l’occasion d’aller à la REF.

Si vous ne connaissez pas la REF, ça veut dire La Rencontre des Entrepreneurs de France, le grand raout annuel du MEDEF en gros. Et je veux pas vous rendre deg’ mais vous avez loupé des trucs incroyables !

Chez les patrons, la République est une invitée.

Vous auriez ainsi pu :

  • demander une dédicace à Bruno Le Maire ou Jacques Attali,
  • entendre des interventions de Élisabeth Borne et Jean Michel Blanquer
  • accéder à des débats aussi profonds et libérateurs que “Peut-on encore parler d’effort ?”, “Le consensus ou le courage” ou, mon chouchou, “La solidarité inconditionnelle, jusqu’à quand ?”

Et rien de tout ça ne vous est arrivé puisqu’au lieu d’aller au stade de Roland Garros ce mercredi et ce jeudi, je suis certain que vous avez fait autre chose. Genre vous êtes aller bosser ou profiter de vos congés pour aller visiter le superbe Jardin des Plantes de Nantes ou Le Chronographe de Rézé.

Franchement c'était sympa !

Franchement c’était sympa !

Heureusement, grâce à nos médias dominants vous n’allez pas tout louper puisque LCI a décidé, en partenariat avec le MEDEF donc, d’animer et de retransmettre un “débat” sur place entre 7 candidat-e-s (ou presque) à la présidentielle. Le tout vendu comme le démarrage de la campagne présidentielle 2027.

Au diable parrainages ou primaires, ce qui compte pour la TV c’est le P de patrons. Ça se passe chez eux. Avec que eux dans le public. Avec leurs questions à eux. Et au format qu’ils veulent eux.

Mais malgré cet environnement quadrillé et la complicité d’une presse qui ne questionne jamais ce dispositif, cet événement, qui visait avant tout à faire gagner en influence et un vernis de respectabilité au grand patronat, ne s’est pas complémentent déroulé comme attendu.

C’est eux qu’on sert

Le patron des autres , Patrick Martin, les avait pourtant averti. Il fallait “respecter chacun des intervenants” et pour cela “manifester vos réactions d’une manière courtoise” parce que les patrons seraient, selon lui, “des gens qui veulent construire”. Il a même été jusqu’à rappeler la supériorité de légitimité de la démocratie politique sur la “démocratie” sociale. Mais force est de constater que ce sage décorum n’a pas tenu bien longtemps. Les patrons étaient là pour se faire servir après tout.

Ainsi, à peine les candidats de droite extrême ou d’extrême droite prenaient-ils la parole pour expliquer leurs futurs plans de destruction des politiques sociales qu’on entendait les applaudissements dans tout le stade. Et ce y compris à travers le déluge qui s’abattait sur le toit de Roland Garros.

Même clameur pour les rappels des autres classiques du répertoire racisto-néo libéral :

  • La règle d’or et les arabes dehors” de Marine Le Pen,
  • Le travail jusqu’aux funérailles” de Edouard Philippe,
  • Moins d’argent pour les fainéants” de Gabriel Attal
  • Les fonctionnaires au cimetière” de Bruno Retailleau.

Les amateurs musicaux ont même eu droit à une originalité qu’est le groupe macroniste composé par Attal et Philippe. Le pitch : chanter en duo mais où chacun fait son solo en même temps et pas au même tempo. Qui a dit qu’on ne savait pas innover en France comme le pire des bullshiteurs qui lance sa start up ?

En revanche, le public patronal fût moins emballé et réceptif pour Raphaël Glucksmann, bloqué en Eurovision, qui avec “Bruxelles”, une reprise du vigoureux et dynamique Benabar, a aligné des mots pour expliquer ce qu’il n’avait pas réussi à faire au Parlement Européen.

A gauche, Marine Tondelier était là.

Sans surprise, tout ça était long. Très long. Souvent redondant. Mais une séquence de ce fastidieux concert a tout de même réussi par retenir l’attention.

Rires de droites

Interrogé sur la question des salaires, Jean Luc Mélenchon commence son propos par la base : “Les salaires, il faut les augmenter. Il faut augmenter le SMIC.”. De grands rires parcourent alors le public, ils parviennent de façon très audible jusqu’aux micros de LCI pourtant dirigés vers la scène centrale. La séquence continue avec Mélenchon qui rebondit et harangue la foule partiellement hilare en argumentant : “Si vous n’augmentez pas les salaires, vous ne rigolerez pas longtemps parce que vous aurez la récession.”.

Mais la bonne répartie de Mélenchon importait peu en réalité car la séquence était déjà là.Cette réaction initiale, quasi-primaire, du public patronal a tout pour traverser les réseaux sociaux. Ce fait de rire au nez publiquement et si fortement à l’idée d’augmenter les salaires est un marqueur fort.

Cette réaction vient résonner cruellement avec un vécu qui traverse ouvrier-e-s, employé-e-s et cadres. Des gens qui vivent de manière plus difficile aujourd’hui qu’hier et qui retrouvent dans ces ricanements cette sensation d’injustice quand on leur refuse toute augmentation de salaire.

Le tout alors que l’inflation ne cesse de serrer les budgets et que les services publics, sociaux et de santé s’amenuisent. Vous savez, ceux là même que toute les droites extrémisées ont passé près de 2h à promettre de dézinguer.

Tout cela est tellement gros que l’événement finira même par s’inviter sur le plateau RMC/BFM, chaînes pourtant très pro business, de Apolline de Malherbe. Cette dernière y déclarant même « Hier, ce sont les patrons qui se sont caricaturés eux-mêmes« . Ça aurait pu être le titre d’un communique de presse de LFI à qui le MEDEF vient de faire là un vrai cadeau de rentrée.

Une séquence courte, simple, puissante, indéformable et donc partageable à l’infini. Un moment indéfendable pour le patronat et qui, en visant explicitement LFI, efface ses adversaires à gauche.

Merci patrons ?

(Non, faut pas déconner non plus).

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