Aux Amfis 2026, les insoumis font le plein dans tous les sens.

Putain, 8 mois. De la plupart des conférences et discussions de ces Amfis 2026 ressort la même impression d’impatience difficilement contenable. Dans tous les rangs, sur tous les bancs, on sent intervenant-e-s et publics pressés d’en découdre. D’enfin se la faire, cette élection présidentielle, vue comme l’alignement des étoiles qui permettra enfin d’en arriver au « eux ou nous » prophétisé il y a bientôt 15 ans par Mélenchon. En attendant, il faut bien patienter. C’était d’ailleurs l’exercice récurrent sur place.

Comme si le lancement de campagne de Mélenchon avait été presque paradoxalement trop réussi, le joli parc du centre des congrès de Châteauneuf-sur-Isère débordait de gens et de slogans. Difficile voire impossible d’accéder à certains événements sans s’y rendre bien à l’avance. Et peu importe où se posait l’œil, on y trouvait quelque chose à voir et bon nombre de personnes portant le maillot Mélenchon 2027. « Vous étiez plus de 10 000 » finira-t-on par entendre le dimanche matin de la bouche de Louis Boyard.

Au vu des longues files d’attente, que ce soit pour accéder à l’amphithéâtre, au parking, aux food trucks, souvent très bons par ailleurs, comme aux toilettes, même un journaliste du Figaro n’aurait pu douter de ce surnombre et donc de ce succès. Nul besoin d’une primaire pour constater une nouvelle fois, à l’aune de la foule, que la domination de LFI dans l’exercice du rassemblement de son camp militant lui est acquise.

Cette masse militante, combinée à l’expérience des précédentes campagnes, se fait aussi ressentir dans l’efficacité d’un dispositif d’organisation mis à rude épreuve. Gestion de foules, rédaction d’une boucle Telegram d’annonces, mise à disposition dynamique de chaises, dispositif d’organisation des files d’attente rarement pris en défaut, tractage hyper régulier, là aussi c’était carré. (Petite parenthèse pour dire par ailleurs que l’idée du tract carré est géniale).

Finalement, les seuls points les plus tremblants de l’événement résident dans une sous-évaluation très probable en amont du nombre de visiteurs. Trop peu de toilettes disponibles en extérieur, des points d’eau régulièrement vides, des food-trucks en trop petit nombre, les Amfis ont semblé comme victimes de leur succès. Reste que le groupe soudé des bénévoles a globalement très bien assuré. Saluons également le fait que ses membres aient été quasi systématiquement remerciés et applaudis à chaque conférence.

Une fois sur place, l’activité principale reste les conférences. Et encore une fois, c’était… carré. Loin de l’exercice improvisé, chaque intervenant-e disposait d’un temps défini à l’avance lui permettant de délivrer des discours préparés pour être efficaces.

Aucune grande surprise dans les thématiques choisies ou les intervenant-e-s invité-e-s mais la diversité était tout de même là. De la défense des free parties au management algorithmique, de la critique des médias à la création d’une économie antifasciste, des luttes contre les violences policières aux thématiques de genre (et j’en oublie forcément), il y avait de quoi nourrir même le plus accro des political junkies.

Ce large choix de sujets est également une démonstration de la variété du travail effectué par la sphère militante de LFI. Au-delà d’un socle de savoir collectif, ces conférences avaient pour vocation de fournir un argumentaire de défense programmatique et c’était souvent assez réussi.

Encouragés par l’ambiance qui n’était pas au « on peut gagner » mais au « on va gagner », les micros se sont souvent laissés aller à la tentation de conjuguer le futur au plus-que-parfait. Après des introductions décrivant ce qui ne va (vraiment) pas, on basculait sur ce qui va (vraiment) changer. Libéré de l’exercice de conviction de la possibilité de sa victoire, le mouvement insoumis a voulu satisfaire sa foule avide d’objectifs et de combats à venir.

Le tout sera loin de satisfaire les plus radicaux mais LFI reste avant tout une formation réformiste de par son programme et ses discours. Toutefois, il était rassurant de constater que les conversations étaient plus focalisées sur l’impérieuse nécessité de l’essentiel : faire gagner la gauche contre l’extrême droite. Remettant ainsi à une autre temporalité et d’autres débats les contestations et manifs contre un futur gouvernement LFI.

La conclusion des Amfis est un invariable : un meeting de Mélenchon. Cette année, l’enjeu de ce discours était maigre puisque la démonstration de force avait déjà été assurée. Il faut toutefois saluer les trois excellentes interventions précédentes de Rébecca Chaillon, Pierre Lemaitre et Marie Chureau qui, chacun-e à sa manière, ont ancré le rassemblement des idées et des revendications au-delà du seul mouvement politique LFI.

Bien évidemment, Mélenchon reste l’orateur talentueux qu’il est et son discours très marqué par l’écologie était bon sur le fond. Mais la brièveté de celui-ci, 45 min c’est court pour du Mélenchon, tout comme la diversité de ces Amfis ont prouvé que le mouvement insoumis a le potentiel et la lucidité de comprendre que l’enjeu dépasse la personne.

Dans le « eux ou nous », c’est avant tout un « nous » qui gronde et qu’il ne tient qu’à chacun de faire grandir.

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