
Quand on est un nerd des élections, c’est difficile mais il faut bien l’admettre : le second tour de ces municipales 2026 apporte peu de surprises et d’enseignements nationaux précis pour l’année prochaine.
Faire castor
Dans la litanie de résultats, (presque) chaque parti a pu trouver aisément un angle pour fanfaronner sans trahir les faits. Ainsi, LR mit en avant Clermont Ferrand et Brest, le RN Carcassonne et La Flêche, le PS Rennes et Nantes mais aussi qu’il a déjoué la loi PLM visant à lui faire perdre Paris, Lyon et Marseille tandis que LFI bombera le torse à Saint-Denis et à Roubaix. Au final, les seuls perdants restent les Verts qui ne doivent la limite de la casse qu’à leurs alliances, réelles celle-ci, avec le PS. Même Lyon est une victoire ternie par la perte de la métropole.
Or si (presque) tout le monde a gagné, c’est surtout que la réalité des résultats est éclatée façon puzzle. La seule règle électorale qui fonctionne (presque) à chaque fois pour ce 2nd tour étant la victoire des listes arrivés en tête au 1er et qui voit leur score amplifiée par un réflexe de vote utile, parfois barrage et souvent légitimiste. Ceci entraînant mécaniquement dans de nombreux cas le reflux des 3èmes et suivants. Ainsi, à Brest, l’extrême droite bien que qualifié pour le 2nd tour n’aura aucun élu car la liste RN n’atteint même plus les 5%. Ses électeurs ayant préféré assurer la défaite de la gauche.
Désormais devenues phénomène récurrent, les voix barrages des électeurs castors sont désormais souvent intégrées aux stratégies des partis. Ce fût notamment la stratégie gagnante du PS notamment à Paris, Strasbourg ou Marseille. C’est une mauvaise nouvelle pour la démocratie qui ne peut se construire à coup de chantage et d’absence de représentations diverses.
Des alliances mais pas de mariages.
Quand aux « fusions techniques » / « alliances avec LFI », difficile d’y voir autre chose qu’un effet marginal sur les résultats. En effet, ces dernières, conclues sous la pression de délais électoraux très serrés et souvent après des résultats de 1er tour décevants, se sont logiquement avérés perdantes dans beaucoup de cas déjà assez désespérés. Les rares victoires étant bien plus dues à une dynamique électorale déjà présente.
Toutefois, quelques échecs sont toute de même notables notamment à Toulouse et à Brest. Si le barrage contre LFI existe logiquement à droite et de manière partielle dans le vieil électorat PS, difficile de croire que le refus total d’alliance aurait changé de manière décisive les résultats au vu de la mobilisation d’une droite qui avait le vent en poupe.
Il faut vraiment toute la haine viscérale envers la gauche, la morgue et la fainéantise des commentateurs politiques parisiens pour en arriver à en tirer une conclusion factuelle et honnête de la toxicité absolue de LFI. D’autant que des contre exemples existent, Glucksmann perd ainsi son seul maire d’une grande ville, Saint-Brieuc, qui avait pourtant refusé toute fusion.
Face à cette impossibilité objective de tirer de grandes leçons, la gauche en reste donc là où elle était : irréconciliable. Chacun voyant là aussi sa part de faits comme si il s’agissait du verdict incontestable des électeurs.
La guerre d’égoches
Ainsi, le PS demeure prisonnier de sa moitié Guedj-Glucksmann dont la haine de LFI fait office de seule ligne politique sur les plateaux TV. Il demeure surtout tristement incapable d’accepter que la base LFI ne bougera pas et que sa participation à la diabolisation permanente du mouvement le dessert énormément tant au 1er qu’au 2nd tour en terme de mobilisation.
LFI reste logiquement une citadelle assiégée. Le mouvement, prisonnier d’un couloir mélenchonniste pas assez auto-contrôlé dont il ne peut plus sortir, demeure sans véritable moyen de se défendre efficacement contre tous les coups qui lui sont assenés.
Pour le reste, les Verts s’acharnent sur une ligne de crête illisible : une victoire morale inutile et une primaire dont personne ne veut. Le PCF s’accroche tant bien que mal et garde la tête hors de l’eau tandis que Ruffin se résume à des piques de plateaux d’un vieux monsieur misogyne ronchon.
Poison frais
La vraie mauvaise nouvelle de ces élections est toutefois loin du tumulte des Unes de ce 2nd tour : l’implantation à bas bruit du RN continue. Remportant des dizaines de villes moyennes, le parti fasciste plante son venin idéologique dans de plus en plus d’endroits. Lorgnant à la fois sur les sénatoriales de septembre 2026 tout comme sur la potentialité de propagande à petit feu permanente qu’offre les mairies, le RN prend en loosedé le contrôle de plus en plus de ces endroits ignorés des états majors et des médias nationaux. Se basant notamment sur une jeunesse en construction électorale.
Il serait temps que la gauche s’en rende compte et agisse car il y a urgence.

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